La vie au temps passé dans une ferme des Hauts

Cette fois-ci, Hubert nous distille un peu de sa nostalgie du temps passé et nous confie quelques commentaires sur la vie parfois bien rude mais ôh combien riche de nos ancêtres. Suivons-le et surtout écoutons-le....

Il faut se lever plus tôt ce matin, je dois aller chercher un fromage chez des amis de mes parents. La maison qu’ils habitent est un peu perdue dans les hauteurs et le sentier qui m’y emmène traverse tantôt des bois, tantôt des prairies, mais aussi des espaces abandonnés où des ilots de ronces, de framboisiers, de jeunes arbres se rejoignent à savoir qui dominera l’autre.
Heureusement quelques épilobes, quelques digitales, quelques genets colorent ici et là cette friche en y imposant leurs couleurs vives à la belle saison.

Je marche en écoutant les oiseaux, essayant de les reconnaitre selon leurs chants, leurs mélodies, leurs piaillements, avec peut-être la chance d’apercevoir un merle, une pie, un geai, une mésange, un gros-bec, une buse. Et puis, mon regard est attiré par une fourmilière où ces petites bêtes déjà au travail montent et descendent, se croisent, semblent se quereller peut- être en guise d’échange d’informations et s’entraident, s’associent, se regroupent pour traîner une brindille beaucoup plus grosse qu’elles qui rejoindra leur domicile.

 Mais la maison est en vue, une partie du toit seulement, la fumée qui s’élève de la cheminée décrit une spirale blanche puis disparait dans le ciel comme par enchantement.

La porte de la maison est ouverte, je connais les lieux, je signale ma présence par un bonjour chaleureux et la réponse tout aussi accueillante fuse au travers de la cuisine. A la chambre devant, la patronne s’affaire autour du fourneau à quatre pots, la marmite en fonte d’une main et de l’autre main, à l’aide du crochet de fourneau, elle ôte le tampon, puis les premiers cercles et glisse la marmite au plus près des braises et des flammes.  Très rapidement l’odeur des pommes de terre qui cuisent se fait sentir, accentuée par quelques bouffées de vapeur qui soulèvent et laissent retomber le couvercle provoquant un bruit métallique.

L’accueil est chaleureux et quelques échanges autour d’un verre d’eau teintée de sirop, permettent de savoir ce qui se passe en bas !!!, de commenter les dernières nouvelles !!! Mais il faut retirer les pommes de terre du feu. D’un geste habituel, avec le crochet elle remonte l’anse chaude de la marmite et la saisi avec le fond de son tablier chiffonné dans sa main, puis dépose la marmite sur les briques près du fourneau. Elle en profite pour glisser un morceau de bois avant de refermer le fourneau.

Et puis, tout à côté, elle reprend son ouvrage habituel qu’elle avait laissé en attente, le temps que la présure fasse cailler le lait de la traite du matin contenue dans le chaudron en cuivre, bien protégé du froid par des vieux tricots en laine, dans son panier en osier. Après avoir minutieusement coupé le caillé elle le dépose dans les formes à fromage rondes en bois, percées de trous pour permettre l’écoulement du petit lait. Ce caillé un peu gélatineux deviendra d’abord du fromage blanc au bout de quelques jours, puis recevra les premières couches de sel pour terminer son séchage et son affinage sur la balance dans la cave à fromages jusqu’à ce qu’il soit fait, c’est-à-dire roux et crémeux à cœur.

Et puis, il y a le chat, à qui elle adresse quelques paroles et qui répond par un petit miaulement affectif tout en se frottant contre ses jambes dans l’espoir d’obtenir une caresse.

Et puis il y a le patron qui s’affaire aux taches journalières, la routine comme il aime à dire, soigner les bêtes des plus grosses aux plus petites, les vaches qu’il interpelle par leur nom, les poules très dociles mais toujours bruyantes, les lapins affalés dans le foin dans leur clapier en attendant leur repas. Et puis il faut faire la provision de bois, remplir la caisse à bois près du fourneau sans oublier le petit bois qui servira d’allume feu le lendemain matin.      

Mais il faut tout de même prendre le temps de boire un verre de café, la cafetière étant restée au chaud sur le coin du fourneau, cela permet de se poser un moment pour parler de choses et d’autres, ou commenter l’actualité sortie du poste de radio.

Mais la journée est longue, se reposer n’est pas de mise, les besognes ne manquent pas, et selon les saisons les travaux diffèrent allant : de couper quelques arbres encombrants pour reconstituer le stock de bois de chauffage, de bêcher le jardin laissé en repos pendant l’hiver, de répandre le fumier sur les prés pour obtenir une herbe plus drue et plus serrée, etc…

Et puis il y a les jours de pluie ou de neige ou l’on se réserve des occupations à l’abri, dans le hangar. Après avoir allumé le petit fourneau rond qui digère la sciure, les copeaux, les chutes de bois, c’est avec plaisir que l’on reprend l’ouvrage inachevé qui va : de la confection d’une corbeille pour récupérer les pommes de terre au moment de la récolte ou de la réparation d’une « schlitte » fatiguée, bringuebalante, usée par son utilisation déjà par la génération précédente ou forger et tremper des burins pour le cas échéant, fendre un caillou trop lourd pour le remuer à la force des bras, etc…

Tous ces savoirs faire précieux transmis par les parents, voir les grands-parents, parfois même à l’occasion d’une veillée chez les voisins ou lu sur un almanach, contribuent au déroulement d’une vie paisible, d’une grande richesse et guidée par le bon sens paysan. Chez ces personnes, on ne compte pas, on travaille.

Mais au fait, je suis venu chercher un fromage, mais ces courts moments qui sont si riches d’enseignements passés avec l’un, avec l’autre, et participant quelques fois à la besogne pas toujours facile me fascinent. Ils nous transportent dans un mode de vie simple, naturel, chaleureux, ordinaire que l’on admire et qu’on a envie de faire durer.

Hubert Géhin

7 réponses

  1. Chapeau Hubert, pour ce bel article nous rappelant de très bons souvenirs à toi et moi .
    Super .👍. 👏

  2. Merci Hubert, bien écrit, on a l’odeur des patates qui cuisent…

  3. Les textes d’Hubert sont toujours aussi captivants.
    Merci Hubert et ….soigne toi bien

  4. Merci Hubert pour ce retour en arrière qui nous rend nostalgique du passé !

  5. Très bien résumé, et ça fait du bien de se remémorer ces moments qui nous rappellent notre enfance !
    Merci Hubert
    Christiane et Bernard Thomas

  6. Merci Hubert pour ces beaux souvenirs si bien décrits.
    Michel Vial

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