Les tourbières

“La rentrée étant faite, nous reprenons le cours de nos publications mensuelles. Aujourd’hui, nous nous pencherons sur les origines des tourbières vosgiennes. ”

La commune de La Bresse est dotée de plusieurs tourbières dont les plus connues sont celles de Lispach et de Machais.

Il faut remonter à plus de 10 000 ans pour comprendre l’origine de la plupart des tourbières vosgiennes. Les glaciers, en se retirant, ont creusé des cuvettes dans le granite, donnant naissance aux lacs glaciaires. Lorsque les eaux de surface rencontrent une résistance à leur écoulement, elles s’étalent et forment une étendue humide colonisée par différents végétaux adaptés à ce milieu donnant ainsi naissance à une tourbière.

L’évolution d’une tourbière passe par 5 phases : l’eau libre, le radeau flottant, le tremblant, le bombage et l’affaissement.
A : L’eau libre

Dans ces lacs mal drainés, l’eau paresse et dans ces eaux froides il n’y a presque rien qui pousse : des algues diatomées, des renoncules aquatiques… Ce sont des  oligotrophes (pauvres en éléments nutritifs).

B : Le radeau flottant

A partir de la rive un réseau flottant de plantes aquatiques (les Carex) s’avance en formant une ceinture végétale appelée touradon (accumulation d’une plante qui repousse à partir de ses racines et par-dessus les feuilles mortes en décomposition)

Dans ces étendues d’eau se développent des tapis de sphaignes qui sont des mousses sans racines pouvant absorber 30 fois leur poids en eau.

De couleur verte, orange ou rouge, ces mousses se reconnaissent par une « tête » en forme d’étoile. Les sphaignes libèrent dans le milieu des ions hydrogène, H+, qui contribuent à rendre le milieu acide et hostile à l’implantation de nombreuses espèces non adaptées. 
Dans ces conditions d’acidité, la décomposition de la matière organique est quasiment nulle, entrainant l’accumulation de végétaux morts qui forment la tourbe. 

C’est le point de départ d’une colonisation qui va former un tapis végétal non enraciné sur le fond mais fixé aux rives et progressant en surface. Peu à peu, des plantes à longs rhizomes vont venir consolider ce premier radeau. Il est appelé radeau flottant.

 C : Le tremblant ou tourbière flottante

La matière organique issue des plantes aquatiques se décompose mal dans l’eau froide, elle s’accumule. Peu à peu, le radeau s’épaissit et évolue sur l’eau libre. La végétation se transforme, elle se compose en grande partie de trèfle d’eau (Menyanthes trifoliata) et de comaret (Comarum palustre), des plantes à rhizomes. Quelques sous-abrisseaux de petite taille tels que la canneberge (Vaccinium oxycoccos) et l’andromède (Andromeda polifolia) enrichissent ce tapis végétal. Plusieurs espèces spectaculaires, droséra (Drosera rotundifolia, une plante carnivore !), linaigrettes (Eriophorum spp.) et violette des marais (Viola palustris) viennent s’y ajouter. S’aventurer sur ces tremblants (peaux pour les bressauds…) peut être une expérience intéressante mais non sans danger car le radeau est fragile et peut se rompre sous la charge !

Peu à peu le radeau s’épaissit, grâce notamment à certaines sphaignes qui forment des coussinets piégeant l’eau atmosphérique. On a alors les tremblants ou radeaux flottants de « haut-marais ». C’est la période la plus productive de tourbe.

 

La Drosera
La Canneberge

De cette tourbière on peut retirer de la tourbe qui est un matériau combustible formé par la décomposition partielle des végétaux. Par endroits, l’homme exploite la tourbe pour ses besoins familiaux Elle contient 60% de carbone. Elle s’épaissit d’environ 4 à 5 cm par siècle !

D. Le bombage ou tourbière haut

Les sphaignes continuent à coloniser horizontalement et verticalement cet écosystème particulier jusqu’au comblement de la cuvette où se trouve la tourbière. Sous ce tapis végétal vivant, une matière brunâtre ou jaunâtre, imbibée d’eau s’accumule, c’est la tourbe. L’eau remonte par capillarité et le processus de turbification s’accentue. Une ou plusieurs buttes se forment alors puis augmentent de taille : c’est ce qu’on appelle le bombage.

 

La croissance de la tourbière devient alors centrifuge. La périphérie est encore en eau alors que la partie centrale s’assèche peu à peu. C’est ce qui explique pourquoi on trouve côte à côte
– des plantes hydrophytes (plante aquatique dont les organes assurant la multiplication passent l’hiver sous la surface de l’eau) et
– xérophytes (plante vivant dans des lieux secs ) (callune, genévrier).

La tourbière se « bombe » tellement que l’eau d’origine (celle de la mare) est maintenant à plusieurs mètres en dessous, inutilisée. Seule l’eau atmosphérique (pluie, neige, brouillard), plus acide, est utilisée par les plantes. Cette croissance s’arrête quand il n’y a plus d’eau libre.

A ce moment, toute la tourbe a été élaborée. On trouve de nombreuses espèces résistant mieux à ce léger assèchement superficiel : linaigrette engainée (Eriophorum vaginatum), myrtille aux loups (Vaccinium uliginosum), callune (Calluna vulgaris), bruyère quaternée (Erica tetralix), camarine noire (Empetrum nigrum)…

La Linaigrette
E. L’affaissement

Toute cette masse de tourbe se tasse, creusant des « gouilles » (mares) par endroits, la tourbière s’assèche lentement. A la surface du sol, plus sèche, la tourbe se décompose et se minéralise, attirant des plantes nouvelles : lichens (dont de nombreuses espèces de Cladonia), sphaignes des milieux plus secs, graminées cespiteuses formant de grosses touffes appelées touradons comme la molinie (Molinia caerulea), quelques arbres (bouleau, saules, épicéa), des Ericacées (callune, myrtille, airelle) et la camarine.

Conclusion :

Les tourbières jouent un rôle important dans la régulation du climat, car elles stockent de grandes quantités de carbone et sont des habitats essentiels pour de nombreuses espèces végétales et animales. Elles fournissent également des services écosystémiques tels que la filtration de l’eau et la régulation des inondations.

A l’échelle de la planète ces zones humides ne représentent que 3% de la surface mais elles stockent deux fois plus de carbone que l’ensemble des forêts.

 

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